Une antenne-relais condamnée au nom du principe de précaution
Lyon (Rhône)

C’EST une première en France. Trois familles de Tassin-la-Demi-Lune (Rhône), en banlieue lyonnaise, viennent d’obtenir de la justice le démontage d’une antenne-relais de Bouygues Télécom installée à proximité de leur domicile pour « risque de trouble » à la santé, une application du principe de précaution.

Ainsi en a décidé le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) où se situe le siège de Bouygues Télécom dans un jugement rendu le 18 septembre, à la suite d’une plainte déposée, au pénal, pour « trouble anormal au voisinage ». L’opérateur de téléphonie mobile devra par ailleurs verser 3 000 € à chacune des familles, à titre de dommages et intérêts, pour « leur exposition au risque sanitaire ».

Au siège de Bouygues Télécom, on indique que l’entreprise va faire appel de ce jugement. Et on fait remarquer que la justice avait fini par lui donner raison en appel après une condamnation en première instance dans une affaire de trouble du voisinage à Six-Fours-les-Plages (Var). Mais sur un argument non sanitaire.

« Un risque certain »

« La littérature scientifique n’a pas tranché sur la question de la dangerosité de ces antennes-relais, le débat est ouvert, mais le tribunal a estimé qu’il y avait un risque potentiel sur la santé et a appliqué le principe de précaution, explique M e Richard Forget, l’avocat des familles. C’est la première fois qu’un tribunal considère que l’existence du risque sanitaire constitue un préjudice indemnisable et réparable », souligne-t-il.

Si les liens entre les troubles sanitaires et les antennes-relais restent à démontrer, « le risque de troubles (…) est lui certain », a estimé le tribunal. « Exposer son voisin, contre son gré, à un risque certain, et non pas hypothétique comme prétendu » par Bouygues Télécom, « constitue en soi un trouble de voisinage », poursuit la 8 e chambre civile du TGI de Nanterre.

Ce jugement réjouit les associations de riverains et les familles de Tassin qui voient ainsi aboutir leur longue mobilisation. « J’ai deux enfants de 4 et 11 ans et je ne veux pas qu’ils vivent jour et nuit dans cet environnement », explique Eric Lagouge, l’un des plaignants. Il avait assisté il y a deux ans à l’installation discrète d’un drôle de pin artificiel, qui abritait la fameuse antenne-relais, sur le terrain d’un voisin qui avait signé « un bail de quinze ans avec Bouygues »